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J276 /// La pisseuse

légende : Une jeune femme se dédouble quand elle boit trop d'alcool: une femme normale, baillonée par une femme pisseuse à la langue de vipère

TEXTE : Pour cette Révol'ution (concept de nocturne concentrant plusieurs vernissages en commun le long de la rue Révol), je voulais révolutionner ce que j'allais proposer en boissons chez moi: pas d'alcool. On aurait donc siroté des jus, ou une boisson Gingembre, du thé à la menthe ou autre. Par manque de temps j'ai finalement opté "rouge qui tache", sans me douter un instant que, des taches, j'allais en avoir quelques unes au bar. Quand je l'ai vue arriver, je ne savais pas encore qu'elle était en mode pisseuse, mais ça n'a pas tardé, puisque le premier truc que la pisseuse a demandé a été de savoir s'il y avait de la bière. J'ai souvent un manque de répartie, mais c'est à ce moment là que j'aurais du répondre sèchement: "si t'es là pour picoler, tu te casses !" Mais non. Au lieu de ça, j'essaie toujours de savoir ce que les gens ont à dire. La pisseuse en dit des choses, et même beaucoup: la pisseuse est seule, seule avec elle-même ou avec son moi profond qui lui, bailloné par l'alcool, ferme sa gueule. Au bout de cinq minutes, j'avais toujours pas compris de quoi elle blablatait, la pisseuse. Non parce qu'elle ne parle pas: elle blablatte, comme un insecte. Au bout d'un quart d'heure, j'ai compris que je faisais uniquement office de miroir, parce que la pisseuse parlait toute seule, et pour cause: elle parlait à son moi profond, et de son moi profond. Moi je. Mais en mode miroir: "Toi tu", ou les "autres ils", ne comprenant pas qu'elle parlait à son nombril, elle arrivait à me baragouiner que je me disais artiste mais que je n'en étais pas un, que les autres croyaient avancer, mais qu'en fait ils régressaient. etc. Bref, la pisseuse a réponse à tout (même-si tout est très flou, reflet de la recherche de sa propre personnalité), et croit supérieurement détenir la vérité absolue. Moi je. Moi je sais. Et pas les autres, ces espèces de cafarts. La pisseuse a perdu de vue sa propre réalité: elle se se voit plus. Et plus elle pisse, plus elle déconne. Elle ne se voit plus cracher son venin à la face des autres, en leur disant d'aller se faire foutre, en squattant désespérement les conversations des autres pour échapper à une conversation avec son moi profond. Moi je. La pisseuse ne voit pas sa propre régression quand elle jette, en fin de vernissage, des feuilles de salade et des bouts de pizzas à la gueule de personnes parfaitement intègres qu'elle connait à peine. Ça me fait penser à leur pub. "Tu t'es vu quand t'as bu ?". Mais c'est tellement vrai, et pour toutes consommation influant sur notre comportement d'ailleurs. La pisseuse se souvient-elle de sa propre déchéance de la veille ? S'en souviendra-t-elle la prochaine fois qu'elle aura affaire avec l'alcool ? Abusera-t-elle encore une fois de cette substance magique à ses yeux, la transformant en mode pisseuse décérébrée et, surtout, lui permettant momentanéement d'échapper à une ou plusieurs réalités merdiques auxquelles elles n'ose se confronter ? Mais la pisseuse est flaimarde: elle choisit la facilité de ne pas travailler sur elle-même, et de fuir ses propres angoisses dans des délires alcoolisés. Et personne ne peut aider la pisseuse: seul son moi profond peut lui mettre un coup de pied au cul et faire cesser ses gamineries. Personne ne peut arrêter de boire à la place de la pisseuse. Elle seule peut confronter ses propres démons, et les vaincre. Ce sera peut-être difficile, long et coûteux sur le plan émotionnel ou le délestage d'ego. Mais ce sera sans doute la seule voie pour se débarrasser du mode pisseuse et retrouver le mode sereine.
Bon courage...

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